Découverte d'un pays gardé secret, 
à travers sa palette de couleurs Pantone®
 De l'architecture stalinienne de 1950 aux buildings des années 70, des murs pastels aux posters de propagande, des robes traditionnelles des danses de masse aux uniformes étudiants, du métro de Pyongyang aux zones rurales, la palette de couleurs de la Corée du Nord offre un voyage fascinant à travers l'histoire architecturale, politique et idéologique du pays.

Domaine : Design Graphique  | Projet personnel  | Logiciels : Photoshop, InDesign
HISTOIRE DU PROJET
°°°
Il y a quelques années, j'étais en séjour à Séoul après y avoir fait un déplacement professionnel. A cette époque, je travaillais pour une société coréenne. Durant ces quelques jours, j'ai rencontré un professeur qui m'a invitée à visiter son école. Je ne savais pas que cette école était vraiment spéciale : lorsque je rencontrai les étudiants, on m'expliqua qu'ils avaient fui la Corée du Nord et qu'ils avaient intégré un programme spécial destiné aux réfugiés nord-coréens.
Un an plus tard, j'ai pensé que c'était le moment parfait pour aller en Corée du Nord et voir par moi-même à quoi le pays ressemblait. Tout d’abord, Pyongyang, la capitale, ne fut pas la triste ville communiste à laquelle je m'attendais, seulement faite de bâtiments gris d'un style soviétique et brutal. Je fus tout de suite surprise par la palette de couleurs pastel de l'architecture et des intérieurs.
Puis, j’ai découvert que l’analyse de ces couleurs pouvait nous apprendre énormément sur l’histoire et la réalité du pays. Parce que Pantone® est l’un des systèmes de couleurs les plus populaires dans le monde, j’ai pensé qu’identifier la référence couleur la plus proche de celle du guide Pantone® serait une façon plus intéressante et facile de partager cette analyse avec les gens. Au final, les couleurs Pantone® de la Corée du Nord ne ressemblent certes pas aux dernières tendances design mais elles nous disent beaucoup…
En effet, comme tout le monde le sait, la Corée du Nord est un pays gardé très secret et, en tant que visiteur, vous ne pouvez seulement voir ce que l'on veut bien vous montrer. Cependant, si vous accordez de l'attention aux couleurs de l'architecture, des paysages, des tenues vestimentaires, vous accéderez à une petite partie de la "vraie" Corée du Nord, un pays qui fut d'abord reconstruit sous l'influence Soviétique, puis selon une idéologique d'état unique et sans précédent.
STATION DE DANDONG / PANTONE® 7476 C

Accéder à la Corée du Nord depuis la Chine avec le train K27/28 Beijing-Pyongyang prend environ 24 heures. Le train stoppe dans la ville de Dandong pour un contrôle frontalier chinois. Avant de prendre un autre train pour Pyongyang, un contrôle frontalier approfondi par la Corée du Nord a lieu à Sinuiju. Durant environ une heure et parfois plus, les officiers frontaliers collectent et vérifient les appareils électroniques et les livres, recherchant tout ce qui est listé comme étant interdit par le régime : critique du pays, contenu à caractère religieux ou pornographique, guide de voyage sur la Corée du Nord...
°°°
La couleur vert rappelle l'importance du système militaire en place, tandis que le rouge renvoie au passé communiste. Ces dernières années, le régime a mis l'accent sur le Songun : "l'armée d'abord". En effet, d'après l'idéologie d'état, nommée Juche en coréen, le vrai socialisme peut être accompli grâce à l'autosuffisance et indépendance du pays. Il faut également savoir qu'en 2009, toutes les références au communisme ont été supprimées de la constitution nord-coréenne.
DANSE DE MASSE / PANTONE®​​​​​​​ 16-2120 TPX WILD ORCHID

Les danses de masse sont tenues pour célébrer les fêtes nationales et des événements spécifiques. Ce sont généralement les étudiants qui y prennent part. Les hommes portent l'habituel uniforme étudiant alors que les femmes revêtent la joseon-ot, la robe coréenne traditionnelle. 
En plus de ces événements formels, les comités populaires locaux organisent également des événements dansant où les hommes et les femmes peuvent se rencontrer. Les femmes doivent porter la joseon-ot durant les danses de masse mais également lorsqu'elles travaillent comme guide touristique dans certains lieux, en hommage à l'héritage culturel du pays.
°°°
Les robes traditionnelles richement colorées contrastent avec les couleurs monotones des uniformes ou des tenues vestimentaires portés quotidiennement par la population.
Les couleurs de la joseon-ot sont issues de la philosophie "Yin-yang et les cinq éléments", originaire de Chine et appelée Eumyangohaeng en coréen.  Les 5 éléments qui composent notre monde  le feu, l'eau, l'arbre, le métal ou l'or et la terre  sont symbolisés par l'Obangsaek, un ensemble de cinq couleurs primaires : rouge, noir, bleu, blanc et jaune. Elles sont directement inspirées de la nature et de ses saisons. Ces cinq couleurs ont chacune leur signification. Enfin, la combinaison de chacune des couleurs de l'Obangsaek donne naissance à l'Ogansaek, un autre ensemble de cinq couleurs : vert, bleu clair, rouge vif, jaune soufre et violet.
 La palette de couleurs Obangsaek/Ogansaek est probablement la plus riche et la plus éclatante qu'il est possible d'observer en Corée du Nord et nous donne une meilleure compréhension du choix des tons par les artistes, architectes et designers nord-coréens.
POSTER DE PROPAGANDE / PANTONE®​​​​​​​ 379 C

Les posters de propagande encouragent le sens de la communauté et du travail acharné, promeuvent l'agriculture et les sciences et appuient les campagnes de communication militariste et anti-américaine. En raison d'un accès à internet encore très restreint, les posters sont toujours un moyen efficace de disséminer l'information publique et l'idéologie d'état à la population.
°°°​​​​​​​
Les couleurs sont détonantes afin de capturer l'attention de l'audience, mais elles sont aussi largement symboliques. Rouge est la couleur du communisme mais représente avant tout la passion. L'or et le jaune représentent la gloire et la prospérité. Le bleu symbolise la paix, l'harmonie et l'intégrité. Le noir, souvent utilisé sur les posters anti-américains et anti-japonais, font références aux ténèbres et au mal.
Alors que l'évolution des messages de propagande reflète bien l'histoire du pays, il est intéressant de remarquer que le style des posters n'a quasiment pas changé depuis les années 50 : un arrière-plan illustrant la thématique et une personne en premier plan, communiquant le message à l'audience, bien entendu accompagné d'un slogan écrit dans une police large. 
VRAI VS. FAUX CIEL / PANTONE® 7702 C

Une autre spécificité de la propagande est l'omniprésence d'images à la Gloire des "Grands Leaders". Présentes dans chaque maison, bureau, école et espace publique, elles rendent hommage aux précédents dirigeants, Kim Jong-Il et Kim Il-Sung. Cela montre à la population que les Leaders ont toujours veillé sur tous et seront toujours présents dans leur vie. 
°°°
Si on se réfère aux couleurs de l'Ogansaek, le bleu clair est une combinaison du bleu et du blanc primaires. Selon le susmentionné Obangsaek, bleu symbolise une nouvelle naissance et la clarté. Il était utilisé pour les habits des jeunes filles et des servantes dans les palaces. Traditionnellement, la robe de mariée coréenne et ses décorations sont rouges et bleues. Blanc renvoie à la vérité, à la vie et à la virginité. La plupart des images des Leaders sont des portraits mais ils peuvent aussi être représentés debout, toujours souriant et regardant un horizon lointain avec en arrière plan un ciel qui est toujours d'un bleu éclatant, promesse d'un avenir radieux.  
DRAPEAUX NORD-COREENS / PANTONE® WARM RED C

L'histoire officielle de la Corée du Nord prétend que le design de Ramhongsaek Konghwagukgi, littéralement le "Drapeau bleu et rouge de la République", a été imaginé par Kim Il-Sung lui-même, mais il a en fait été dicté par l'union soviétique durant son occupation de la partie nord de la Corée, en 1947. 
°°°
La signification des couleurs semble venir à la fois de la culture traditionnelle coréenne et de l'idéologie d'état. Selon les textes officiels nord-coréens, la bande bleue représente l'unité du pays et la bande blanche la pureté de l'origine ethnique et de la culture coréenne. Alors que l'étoile rouge symbolise les traditions révolutionnaires, la bande rouge représente le patriotisme et la détermination, renvoyant au sang versé par les "Patriotes de la République".
Note aux Designers : selon les indications techniques officielles du régime nord-coréen, la référence de la couleur rouge est Hex #ed1c27 (RVB : 237/28/39) et la référence de la couleur bleu est Hex #024fa2 (RVB: 2/79/162).​​​​​​​
STUDIO D'ART MANSUDAE / PANTONE® 575 C

Le studio d'art Mansudae, avec ses 3000 travailleurs et ses 1000 artistes, est un des plus grands centres de production d'art au monde. Les artistes viennent des meilleurs académies nord-coréenne, comme l'université de Pyongyang. Le studio couvre divers domaines d'art majeurs comme la peinture, le dessin, la céramique, la gravure sur bois ou la broderie.
Si le studio a produit les plus importants monuments de Corée du Nord, il a aussi créé des projets massifs  monuments, musées et stades  pour d'autres pays et vends aujourd'hui des oeuvres artistiques à l'étranger.
°°°
La couleur vert de l'uniforme n'est pas sans rappeler la couleur standard de l'uniforme militaire. Si l'on se réfère à l'histoire de l'uniforme militaire dans le monde, son design a radicalement changé à travers le temps. Utilisant tout d'abord des couleurs éclatantes pour être vu sur les champs de bataille enfumés et pour symboliser la gloire d'une nation,  il a progressivement adopté des variations de vert  kaki, olive et plus tard camouflage  à partir du moment où les armes sont devenues plus efficaces et les troupes plus exposées sur le terrain.
Un uniforme militaire renforce le sentiment de fierté, d'unité et de solidarité de celui qui le porte. Dans les pays soviétiques, c'était aussi un symbole au service de la loyauté politique. De ce fait, le studio Mandsudae semble définitivement être une armée d'artistes au service du gouvernement.
ETUDIANTS / PANTONE® BLACK 6 C

Depuis 1959, l'éducation en Corée du nord est  théoriquement  universelle et financée par l'état. Elle consiste en 12 années obligatoires, de l'école primaire au lycée. Basée sur des idéaux communistes, l'éducation est avant tout politique et idéologique : depuis le plus jeune âge, les enfants apprennent la philosophie Juche et reçoivent également une "éducation sociale", jugée nécessaire au développement de chaque nouvelle génération.
°°°
L'uniforme des étudiants universitaires est composé d'un blazer gris ou noir, d'un pantalon noir, d'une cravate rouge et d'une casquette noire. La casquette provient de l'héritage communiste. Les leaders communistes tels que Lénine, Staline, Trotsky ou Mao adoptèrent la fameuse "casquette de marin", alors communément portée par les travailleurs. Aujourd'hui, elle est toujours fortement associée à l'image de la lutte ouvrière.
La casquette communiste était généralement de couleur bleu ou vert-militaire, et arborait une étoile rouge sur le devant. La version nord-coréenne est noire, couleur qui symbolise, dans ce cas spécifique, l'honnêteté et l'honneur. Un badge nord-coréen est généralement accroché sur le devant. Ici, il s'agit probablement de l'insigne de l'université des étudiants.
PLACE KIM IL-SUNG / PANTONE® 17-0000 TCX FROST GRAY

Après la destruction de Pyongyang durant la guerre de Corée, les architectes furent libres de bâtir une ville nouvelle, répondant aux idéaux de la philosophie Juche. Parmi eux, beaucoup étudièrent dans des pays soviétiques. De plus, des ingénieurs et travailleurs soviétiques vinrent également en Corée du Nord pour aider à reconstruire le pays.
 De ce fait, la première phase de reconstruction, de 1953 à 1961, fut marquée par un style architectural stalinien néoclassique puis brutaliste, qui donna naissance à des monuments spectaculaires célébrant la grandeur du pays ainsi que des espaces immenses  places, avenues, parcs  facilitant les démonstrations publiques.
°°°
Construit dans le centre de Pyongyang en 1954, la place Kim Il-Sung a un design proche de celui de la place Tiananmen à Pékin. C'est un lieu symbolique où sont organisées les parades militaires et les danses de masse, afin d'être d'autant mieux retransmis par les médiaux nationaux et étrangers. Durant les événements réunissant les danseurs de masse, les couleurs éclatantes des robes traditionnelles ressortent parfaitement sur le pavé d'un gris monotone. 
VUE DEPUIS LA TOUR JUCHE / PANTONE® 7523 C
IMMEUBLE DE PYONGYANG / PANTONE® 5483 C

En 1958, l'achèvement du premier plan de reconstruction donnait naissance au terme "Pyongyang speed" ("à la vitesse de Pyongyang"). Au delà de l'érection de bâtiments symbolisant la grandeur du pays, la stratégie de reconstruction, en alignement avec la philosophie Juche, devait aussi de focaliser sur la population et son besoin de logements.
Le développement miraculeusement rapide des logements fut seulement rendu possible par la construction de bâtiments homogènes, peu coûteux et faciles à ériger. Ainsi, les blocs d'appartements dédiés à la Nomenklatura de Pyongyang furent inspirés par les kommunalka, les appartements communautaires développés en Russie et dans l'union soviétique pour faire face à la crise du logement.
°°°
L'homogénéité du style architectural peut être expliquée par le fait que la plupart des projets architecturaux furent sponsorisés par le gouvernement et que les architectes durent suivre les idées de l'esthétique Juche. L'effet fascinant produit par l'architecture de Pyongyang vient non seulement de l'inattendue richesse de couleurs des bâtiments et de la décoration d'intérieur, mais aussi de tons kitsch hérités de l'époque soviétique et d'une symétrie axiale parfaite.
METRO DE PYONGYANG / PANTONE® 577 C

La construction du métro de Pyongyang, achevée en 1973, fut financée par l'union soviétique et la Chine. Aujourd'hui, le métro compte deux lignes officiellement déclarées. Ses 16 stations ont été nommées d'après des thèmes de la révolution nord-coréenne et sont caractérisées par une architecture riche en marbre, des murs de mosaïques propagandistes, des chandeliers de cristal et des statues.
C'est l'un des métros les plus profonds du monde. Du fait qu'il circule uniquement sous terre, qu'il n'a pas segment à la surface et que des portes d'acier épais soient placés à l'entrée des halls, les stations peuvent aussi servir de refuge contre d'éventuels bombardements.
°°°
Hasard ou non — il n'y a pas d'information à ce sujet — on notera que les deux couleurs vert et rouge des compartiments de métro correspondent à celles des deux lignes. La ligne originelle, représentée en rouge sur la carte de métro, fut nommée d'après le cheval mythologique Chollima, symbole de vitesse et de persévérance, qui n'est pas sans rappeler la signification du rouge dans la tradition coréenne. La ligne la plus récente, représentée en vert, est appelée Hyoksin, signifiant "innovation". Dans la culture coréenne, le vert représente la prospérité, un nouveau départ et une bonne augure.
MIRAE, L'AVENUE DES SCIENTIFIQUES / PANTONE® 16-0836 TCX RICH GOLD

La seconde phase de reconstruction eu lieu dans années 70 et 80. A partir de 1961, la Corée du Nord a décidé de donner priorité à une architecture développée localement. Au même moment, le gouvernement conteste l'importance de l'aide reçue par les pays fraternels soviétiques et prétend que la première phase de reconstruction fut achevée en priorité par les nord-coréens eux-mêmes. Dans son traité "De l'architecture" (1991), Kim Jong-Il met l'accent sur l'interprétation architecturale de la philosophie Juche, un style national  "pratique, chaleureux, beau et durable", "en accord avec les masses" (sic).
°°°
L'avenue des scientifiques, achevée en 2014, est l'un des meilleurs exemples de projet d'urbanisation récent, supposé représenter la "nouvelle DPRK". La "Mirae Scientists Street Unha Tower" ou encore "Galaxy Tower" est la plus grande et la plus tape-à-l'oeil des tours de l'avenue. Construite dans un style futuriste en moins d'un an, elle est le symbole de la "Pyongyang speed" et de la recherche d'une nouvelle croissance économique. Les couleurs blanc et bleu rappellent celles utilisées pour le drapeau coréen. La représentation dorée d'une galaxie au sommet de la tour renvoie à l'importance donnée aux sciences, un des piliers de la philosophie Juche et à la quête d'une prospérité soutenue par une innovation continue.
CAMPAGNE / PANTONE® 329 C

Mais en dehors de la capitale, l'urbanisation ne s'est pas déroulée de la même manière. 40% de la population vit dans des zones rurales et se repose toujours sur des pratiques agricoles traditionnelles. Toujours issue de la philosophie Juche, l'autosuffisance dans la production alimentaire est un objectif important du gouvernement. Pourtant, le climat et les conditions du sol ne sont pas vraiment favorables à l'agriculture : seuls 17% des terres sont cultivables.
°°°
De Pyongyang à la ville de Kaesong dans le sud, tout au long du trajet sur les routes de terre, se succèdent les paysages ocres des zones appauvries, dépourvus d'architecture grandiloquente  à l'exception des statues de bronze à la gloire des leaders dans certaines villes rurales. Ici, la population vit toujours dans les mêmes maisons traditionnelles qu'auparavant.
APRES LA DANSE DE MASSE  / PANTONE® 11-4001 TCX BRILLIANT WHITE

Les différents symboles de la Corée du Nord comptent, entre autres, deux orchidées hybrides créées par des botanistes non-coréens. La première, Kimjongilia, fut nommée d'après Kim Jong-Il et la seconde, Kimilsungia, d'après Kim Il-Sung. Cependant, la fleur nationale est le Magnolia sieboldii. A l'origine appelée Hambak en coréen, elle fut renommée Mokran, soit-disant par Kim Il-Sung lui-même. 
°°°
De par sa couleur blanc, sa forme et sa beauté, le magnolia symbolise le courage et la résistance du peuple coréen. Sa couleur rappelle aussi la signification de la bande blanche du drapeau nord-coréen.

CONCLUSION
°°°

Quand on arrive en Corée du Nord, il est facile d’être immédiatement fasciné par Pyongyang, un spot parfait pour des photos vintages et instagrammables. Mais si on ne va pas au-delà de cette première impression, on rate une large part de l’Histoire de la Corée du Nord et une autre compréhension de la réalité dictatoriale. C’est pourquoi l’analyse des couleurs utilisées en Corée en du Nord est bien plus complexe et intéressante que ce que l’on peut imaginer.
Pour les Leaders soviétiques et nord-coréens, la reconstruction de Pyongyang après la guerre de Corée fut une opportunité sans précédent d'utiliser une ville comme laboratoire urbain, afin de faire des idéologies communiste et nord-coréenne une réalité. En conséquence, Pyongyang est une ville ni vraiment belle ni vraiment affreuse. C'est un mix architectural unique, spécifique à l'histoire du pays. Un pays qui s'est d'abord inspiré de l'idéologie soviétique avant d'en rejeter toute référence. Un pays qui a voulu se réinventer mais a gardé un héritage de certaines traditions coréennes.
L'urbanisation de la Corée du Nord est toujours supposée refléter l'application de la philosophie Juche et ses bénéfices pour le peuple. Tel que déclamé par l'un des 310 nouveaux slogans de propagande publiés en 2015, la volonté du gouvernement est bel et bien de "faire du pays entier un royaume de rêve du socialisme".
Dans les faits, Pyongyang est une bulle urbaine idéaliste parfaitement chorégraphiée,  vitrine de la réalisation des promesses gouvernementales. De part son design parfaitement planifié, une grande partie de la ville ne serait alors qu'un décor factice utilisé par le gouvernement pour mettre en scène le succès de la vision Juche, à destination du monde entier. C'est ainsi que la DPRK est devenue deux républiques en une: une “République de Pyongyang” et une “République pour tous les autres” (K. Oh, 2013).
L'esthétique aux doux accents pastels de Pyongyang a un effet anesthésiant, repoussant au loin une réalité moins rose. Aussi, le bleu layette et le rose saumon peuvent être considérés comme infantilisant, correspondant parfaitement à l'image de leaders paternalistes prenant soin de leurs enfants. 
La Corée du nord a progressivement abandonné le marbre et les sols de parquet, hérités de la période stalinienne néoclassique, en faveur d'un style plus "moderne", fait de PVC et de plastique importés de Chine. Ainsi, d'une part, la population peut être rassurée sur le fait que le gouvernement garde sa promesse de faire de la Corée du Nord un pays développé et modernisé. D'une autre part — et ce n'est probablement pas l'intention du gouvernement — ce style "retour vers le futur" immerge le visiteur dans un univers qui rappelle celui des années 50-60.
En effet, les couleurs pastel sont caractéristiques de la période d'après-guerre. Après la seconde guerre mondiale, la priorité fut donnée à des tons plus légers et plus chaleureux. Au delà de leurs qualités intrinsèques — douceur et délicatesse — c'est dans ce contexte que notre esprit commença à associer les couleurs pastel à un sentiment de sérénité et de réconfort. Ainsi, durant quelques minutes, le gouvernement nord-coréen pourrait presque faire oublier aux visiteurs qu'ils sont dans un pays dirigé par un régime dictatorial. 
Bien sûr, il serait naïf de croire que dans le monde, le design a seulement un objectif utilitaire. Un urbanisme, une architecture et des couleurs spécifiques peuvent donner un sens d'identité nationale, identifier une zone urbaine à une population particulière et influencer un certain type de comportement.
Le choix des couleurs en architecture ne devrait pas être considéré seulement comme un effet décoratif. Des études scientifiques ont démontré que notre réaction à un environnement architectural spécifique est largement basée sur notre perception sensorielle de la couleur (G. Meerwein, 2007). En d'autres termes, il est fort probable que les couleurs aient le pouvoir de nous influencer, psychologiquement et physiologiquement. Enfin, l'association de sentiments à la signification symbolique de certaines couleurs semble bien être transculturelle et transgénérationelle. Par exemple, le noir a une connotation négative, le blanc, le bleu et le vert ont une connotation positive et le rouge est perçu comme une couleur "forte" (F.M. Adams, C. E. Osgood, 1973).
L'analyse du "cas Pyongyang" nous apprend comment l'esthétique peut servir une idéologie et peut être utilisée en architecture et dans le quotidien pour renforcer le pouvoir d'un gouvernement, en influençant les sentiments de la population et des visiteurs.




SI LA COREE DU NORD AVAIT UNE IDENTITE DE MARQUE...



CREDITS
°°°
Un grand merci à Nicole Gallagher pour la relecture de la version anglaise et pour ses conseils d'écriture.
Les couleurs Pantone® colors ont été identifiées grâce au site officiel Pantone® www.pantone.com, dans le contexte de ce projet, pour un usage personnel et non-commercial.
REFERENCES
°°°
• Armstrong, C. K. 2016. Tyranny of the Weak. North Korea and the World, 1950–1992. Cornell University Press, Studies of the Weatherhead East Asian Institute, Columbia University. 328 pp.​​​​​​​
• Felden, E. 2016. A look at Pyongyang's altering architectural landscape.
• Huval, R. 2017. A Brief Cultural History of Uniforms. What does it mean to all dress alike?.
• Mahnke, F. H. 1996. Color, Environment, and Human Response: An Interdisciplinary Understanding of Color and Its Use As a Beneficial Element in the Design of the Architectural Environment. Wiley, New York. 234 pp.
• Meerwein, G. 2007. Color - Communication in Architectural Space Hardcover. Birkhäuser Architecture, Basel, Boston. 152 pp.
• Miller, M. 2016. How Pastels Became A Cultural Obsession.
• Miret, R. M. ; Prokopljevic, J. (2012). Corea del Norte, utopía de hormigón : arquitectura y urbanismo al servicio de una ideología. Muñoz Moya Editores, Brenes. 274 pp.
• Park, M. S-M. 2014. 'Self-Reliant' Architecture and Body in North Korea, circa 1980. Department of architecture, Harvard University - Graduate School of Design.  ​​​​​​​
Back to Top